Infrastructure · Continuité
Rester connecté
quand la fibre ou l'électricité coupe
La fibre tombe, le courant saute, et le téléphone se tait. Ce que nous mettons derrière pour que le service tienne, et ce que nous refusons de promettre.
La panne n'est pas un scénario, c'est un calendrier
Sur une île, la question n'est pas de savoir si la ligne tombera, mais quand. Chantier qui coupe un fourreau, câble sous-marin touché, transformateur qui lâche, cyclone qui passe : les causes sont connues, seule la date est ouverte. Et dans presque tous les cas, ce n'est pas la fibre seule qui s'arrête : c'est l'électricité, donc la box, donc le routeur, donc le téléphone.
Nous appelons « continuité » un montage qui garde trois choses en service, dans cet ordre de priorité : la téléphonie, l'accès à Internet, et les services hébergés sur place. Le reste, c'est de la littérature commerciale.
Ce qui tombe, dans quel ordre
| Panne | Ce qui reste | Ce qui manque |
|---|---|---|
| Coupure électrique | Rien, sans onduleur ni batterie | Tout, immédiatement |
| Fibre coupée | Le réseau local, les postes, le serveur | Internet, la voix par trunk SIP |
| Opérateur indisponible | Le lien de secours, s'il est d'un autre opérateur | Rien, si la bascule est prête |
| Coupure longue | Ce que la batterie tient | Le reste, à l'heure calculée |
Le tableau a l'air simple. En pratique, la première ligne explique la majorité des incidents : un onduleur qui tient dix minutes protège d'un micro-coupure, pas d'une journée sans réseau.
Trois liens, trois comportements
Nous combinons trois accès qui ne tombent pas ensemble : la fibre, la 4G ou 5G d'un opérateur mobile, et un accès satellite. Chacun a son profil, et les confondre est la source des mauvaises surprises.
- La fibre reste la référence quand elle est là : débit stable, latence faible, coût raisonnable. C'est le lien qui porte la voix et les sauvegardes.
- La 4G ou 5G dépanne vite, mais dépend de l'antenne et de la charge du secteur. En cas de coupure générale, tout le monde bascule dessus en même temps.
- Le satellite fonctionne là où le reste s'arrête, avec une latence plus haute et une antenne qui consomme en permanence. Les spécifications publiées par Starlink donnent 23 à 35 ms d'aller-retour sur l'offre fixe standard, jusqu'à 99 ms sur l'offre mobile, et un débit de l'ordre de 50 à 150 Mbit/s en réception (starlink.com).
L'énergie, le maillon qu'on oublie
Un routeur, un contrôleur WiFi, un IPBX et une antenne satellite consomment en permanence. La question n'est pas « combien de watts », elle est « combien de temps, et pour quoi ». La capacité installée sur notre site de test est de 2 kWh. L'autonomie se calcule en divisant la capacité utile par la charge, puis en retirant 10 % : c'est la marge qui absorbe le vieillissement de la batterie, les pertes de conversion et les pics de démarrage. On n'annonce jamais l'autonomie théorique, on annonce la théorique moins 10 %.
| Charge mesurée | Autonomie théorique | Autonomie annoncée (−10 %) |
|---|---|---|
| 80 W | 25 h | 22 h 30 |
| 120 W | 16 h 40 | 15 h |
| 200 W | 10 h | 9 h |
Ces lignes sont des calculs, pas des relevés : elles servent à dimensionner avant l'installation. Le chiffre qui compte est celui du test réel, avec une pince et un chronomètre, et c'est celui-là que nous inscrivons dans la fiche du site. Deux règles l'accompagnent. D'abord, on sépare les circuits : la téléphonie et l'accès Internet d'un côté, le confort de l'autre. Ensuite, on mesure la consommation réelle, on ne la lit pas sur les étiquettes.
La bascule, écrite et testée
Une bascule qui n'a jamais été jouée n'existe pas. Nous la documentons en quatre temps : comment on détecte la panne, dans quel ordre on bascule, qui prévient les équipes, et comment on revient à la normale. Chaque étape a un responsable et un critère de réussite.
- Détecter : une sonde qui teste le service réel, pas seulement la liaison. Une page d'état qui se trompe est pire que pas de page d'état.
- Basculer : priorité à la voix et à l'accès, puis au reste. Les sauvegardes attendent : elles repartiront quand la ligne sera revenue.
- Prévenir : un message court, daté, avec l'heure de retour estimée ou « inconnue ». Les équipes préfèrent une information franche à un silence.
- Revenir : rebascule contrôlée, vérification des services, et note de ce qui a été appris. Le retour est souvent l'étape la plus fragile.
La téléphonie dans la bascule
La voix est le service qui compte le plus, et le plus fragile. Un trunk SIP posé sur la fibre tombe avec elle. Deux parades simples : un second trunk chez un autre opérateur, et un renvoi automatique vers un mobile quand la signalisation se perd. Le numéro reste le même, c'est ce que le client attend.
En satellite, il faut accepter une latence supplémentaire. La recommandation ITU-T G.114 situe sous 150 ms d'aller-simple la zone où la conversation reste transparente, et à 400 ms la limite de conception des réseaux (ITU-T G.114). Un saut satellite s'ajoute au trajet : la voix reste utilisable, mais deux sauts se sentent.
Ce qu'on ne promet pas
Pas de continuité totale, pas de « zéro coupure ». Une antenne mal dégagée, une tempête, un opérateur qui limite le débit en roaming : tout cela arrive et se documente. Ce que nous promettons est plus modeste et plus utile : un service qui ne s'arrête pas au premier incident, une bascule écrite, et des chiffres mesurés plutôt que des slogans.
Le bon test est simple : couper le disjoncteur un samedi matin, sans prévenir personne, et voir ce qui répond encore. Si l'appel passe, le reste est de la finition.
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